Aller au contenu
Répertoire du terroir dignois Produits, savoir-faire et circuits courts en Haute-Provence

Édition du 20/08/2026 19 fiches, 7 spécialités Écrit et tenu à jour à la main

Fiche 7 · Santons Santons et artisanat d'art

Le santon est l'objet d'artisanat le plus copié de Provence, et celui dont le prix varie le plus. Comprendre les trois techniques suffit à savoir ce que l'on tient dans la main.

Le santon est une figurine de crèche provençale, apparue à la fin du dix-huitième siècle, modelée puis reproduite au moule dans l'argile ; son nom vient du provençal santoun, qui signifie petit saint.

En bref

  • Trois techniques seulement : argile crue peinte, argile cuite, santon habillé.
  • La foire aux santons de Marseille se tient depuis 1803.
  • Un santon d'argile crue ne se lave jamais : il se dépoussière au pinceau sec.
  • Le prix suit le temps de peinture bien plus que la taille de la pièce.

1. D'où vient le santon

Pendant la Révolution française, la fermeture des églises et l'interdiction des crèches publiques poussent les familles provençales à installer chez elles une crèche miniature. Il faut alors des figurines petites, bon marché et reproductibles.

C'est ce que permet le moule en plâtre, dont l'usage pour les figurines de crèche est attribué au santonnier marseillais Jean-Louis Lagnel, né en 1764. À partir d'un original modelé à la main, on tire un moule en deux parties, dans lequel on presse de l'argile : la figurine devient accessible à toutes les bourses.

La foire aux santons de Marseille, qui se tient chaque fin d'année depuis 1803, a fixé l'usage et fait connaître le métier bien au-delà de la Provence.

2. Les trois techniques

Tout se joue là : la technique décide du prix, de la solidité et de l'entretien.

Argile crue, argile cuite et santon habillé
TechniqueCuissonAspectFragilitéEntretien
Argile crue peinteAucune, séchage à l'airMat, couleurs franchesTrès fragile, craint l'eauPinceau sec uniquement
Argile cuite peinteCuisson au four à haute températurePlus dense, sonne clairRésistante mais cassanteChiffon à peine humide
Santon habilléTête et mains cuites, corps sur armatureTextile, dentelle, accessoiresCraint la lumière et la poussièreAération, jamais de lavage

Tableau large : faites défiler horizontalement.

Un santon d'argile crue se reconnaît à son poids léger et à son son mat quand on le pose. Un santon cuit sonne clair. Un santon habillé se distingue immédiatement à ses vêtements de tissu, cousus pièce par pièce.

Atelier de santonnier : moules en plâtre, figurines d'argile en cours de séchage et pinceaux de peinture sur un établi
Moules en plâtre, pièces au séchage, pinceaux fins : un atelier qui fabrique montre ces trois choses en même temps.

3. Les tailles courantes

Les tailles se comptent en centimètres et correspondent à des usages différents.

  • La puce, la plus petite, pour les crèches miniatures et les décors de vitrine.
  • Le santon d'un pouce, autour de quatre centimètres, la taille historique et la plus répandue dans les crèches familiales.
  • Le sept et le neuf centimètres, les formats de référence des crèches domestiques actuelles, qui permettent un décor détaillé.
  • Les grandes pièces, au-delà de quinze centimètres, souvent habillées, destinées aux crèches d'exposition.

Mélanger deux tailles dans une même crèche casse l'échelle : il vaut mieux compléter une crèche année après année dans le format choisi au départ.

4. Le peuple de la crèche

La crèche provençale ne se limite pas à la Nativité : elle met en scène tout un village, avec ses métiers d'autrefois. Quelques personnages sont incontournables.

Le ravi

Les bras levés au ciel, émerveillé. Le personnage le plus reconnaissable de toute la crèche provençale.

Le tambourinaire

Il joue du galoubet d'une main et du tambourin de l'autre : deux instruments traditionnels tenus simultanément.

Le boumian

Le bohémien, personnage errant, souvent placé à l'écart du village dans la composition.

Les métiers du village

Le meunier avec son sac de farine, le rémouleur et sa meule, la poissonnière, la lavandière, le berger, le pêcheur : la crèche est un inventaire des métiers d'un village provençal du dix-neuvième siècle.

L'ange Boufareu

L'ange aux joues gonflées qui souffle dans une trompette, suspendu au-dessus de l'étable.

Beaucoup de ces personnages viennent de la Pastorale Maurel, pièce de théâtre en provençal écrite au milieu du dix-neuvième siècle et jouée chaque hiver depuis lors : le théâtre a nourri la crèche autant que l'inverse.

5. Les artisanats voisins

Le santon n'est pas le seul objet d'art de la région. Trois autres savoir-faire se trouvent à moins d'une heure de Digne-les-Bains.

  • La faïence de Moustiers-Sainte-Marie, née à la fin du dix-septième siècle, célèbre pour ses décors bleus au trait fin puis pour ses décors polychromes aux motifs grotesques.
  • La poterie de terre vernissée, utilitaire, dont les tians, les daubières et les cruches ont longtemps équipé toutes les cuisines provençales.
  • Le bois d'olivier tourné, issu des arbres arrachés ou taillés, dont le veinage très dessiné sert aux ustensiles et aux planches.

6. Choisir et entretenir

  1. Vérifier la finesse du visage. C'est là que se voit le travail : un visage net, aux yeux posés au pinceau fin, signale un peintre expérimenté.
  2. Regarder les bavures de moule. Une couture non ébarbée sur le côté du personnage trahit une finition bâclée.
  3. Demander la technique. Argile crue ou cuite : la réponse doit être immédiate et sans détour.
  4. Ranger à plat. Chaque pièce enveloppée séparément dans du papier de soie, jamais en vrac dans une boîte.
  5. Dépoussiérer au pinceau sec. L'argile crue peinte ne supporte ni l'eau, ni le chiffon humide, ni l'aspirateur.

Une crèche se transmet : bien rangée, une figurine d'argile crue traverse plusieurs générations sans perdre ses couleurs, à condition de rester à l'abri de la lumière directe et de l'humidité.